Marc Verhaverbeke

Avril 2011

Un orgue de barbarie joue au coin du jardin, l'image à peine perceptible d'un loup apparaît, traverse la scène puis disparaît, comme un souvenir, une peur, un désir... Et une voix mâle nous parle d'elle, la petite fille très belle, « la plus jolie qu'on eût su voir »... Ces quelques mots entre guillemets sont du conte de Perrault. La compagnie des Globe trottoirs va broder tout autour. Non, broder n'est pas le mot juste : la compagnie va tresser des images, et, pour commencer, ce décor fait de vanneries évoquant arbres et cabane. La mère fort occupée au ménage, aux semailles et aux poules, la fillette enjouée, naïve et obéissante, le loup qui fait son métier de loup (faire peur aux gens) et trame son projet de séduction, la mère-grand si grande... et aucun ne prononce de mot. Tout est joué sur le mode du cinéma muet, allant jusqu'au burlesque, et entrecroisant des gestes, ceux de l'enfant dans les jupes de sa mère et ceux de la grand-mère dévorée par le loup, par exemple ; le tango où s'affrontent la mère et le loup devient un peu plus tard une valse que dansent le loup et la fillette... Bizarrement, la couleur dominante n'est pas le rouge (de la fillette) qui serait opposé au noir (du loup). Les femmes sont vêtues de bleu et le loup ressemble à un chasseur... On connaît l'histoire et la compagnie nous en fait découvrir d'autres possibilités.

Ici le loup et la fillette éprouvent une attraction réciproque. Et il faut faire sur soi-même beaucoup d'efforts pour ne pas se laisser aller à l'état de nature, sauvage et cruel. Il faut dépasser ses peurs, celles qui nous rendent faibles, et ses instincts, ceux qui nous rendent violents. Car, quoi qu'en dise la dernière phrase du spectacle (« les loups ne sont pas faits pour vivre avec les humains »), chacun de nous est tour à tour fillette et loup et que serait la vie sociale si nous étions tous semblables ?

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