spectacles enfants

27 février 2011

Pour se jeter avec plaisir dans la tête du loup

Les vrais loups ont presque tous disparu, mais ceux de nos contes d'enfants continuent à galoper dans nos rêves et dans les salles de théâtre. Après « Le Petit Chaperon rouge » de , et « Le Petit Chaperon uf » de , voici venir, dans « Le Loup et moi », un loup amoureux.

Ici, le conte prend l'allure d'un récit rétrospectif. Il s'agit, de fait, d'un « je me souviens » nimbé de nostalgie douce. Car celui qui prend la parole dans le noir pour nous raconter l'histoire, c'est le loup en personne. On serait même tenté de rebaptiser le spectacle le Loup est moi tant sa présence est importante, envoûtante. Elle exprime fort bien la fascination délicieuse que les enfants ressentent pour le frisson. Insituable en off, veloutée et mystérieuse, elle donne le ton dès le début en nous murmurant : « Toute ma vie, je me souviendrai d'elle. D'elle que j'ai mangée ». De la violence et de l'amour de la bête pour l'enfant, tout est ainsi annoncé.

Cette voix assure la continuité entre les saynètes muettes de la pièce. De fait, il n'est nul besoin de détenir un diplôme ès contes, pas même besoin de savoir bien parler pour voir Le Loup et moi. C'est un grand avantage pour les plus petits. Se référant à l'univers des Enfants du paradis, et au mime, les comédiens présentent plutôt des tableaux que des scènes. Selon nous, la référence à l'univers de Carné et de Prévert n'est pas patente. Si le costume du loup pourrait faire songer à celui de Lacenaire ou de Lemaître, si la pantomime est reine, la référence ne paraît pas exploitée jusqu'au bout. Mais quelle importance pour les enfants ? Au contraire, certaines pantomimes font surgir d'autres références au burlesque muet beaucoup plus accessibles. Les scènes domestiques qui associent la mère et l'enfant sont ainsi, par exemple, pleines de tendresse. On pense à Chaplin ou à Laurel et Hardy.

Questions de cohérence et de tempo

De ces choix forts de mise en scène ainsi que de la relecture originale du conte pourraient résulter quelques difficultés. Tout d'abord, le prologue qui nous présente la fillette dans son quotidien est peut-être un peu long. S'il permet de percevoir l'amour du loup, celui qui fait que chaque geste, fût-ce le plus anodin, de l'être aimé, devient prétexte à célébration, il peut susciter l'impatience. Par ailleurs, le conte se clôt sur le sacrifice que le loup choisit de faire, contre sa nature, en s'ouvrant de lui-même l'estomac pour en extirper l'enfant et son aïeule. Mais une seule phrase nous en informe, de même qu'une pantomime rapide. Il faudra peut-être expliquer un peu.

Danse avec le loup

Cependant, si l'histoire a ses complexités, nos enfants la connaissent, et ce que l'on découvre lors de la représentation est aussi d'un autre ordre. On a parlé de tableaux. Or le décor exprime un vrai sens de l'esthétique. Intégralement en osier, il situe l'histoire dans un monde à part, irréel. Piqué de fleurs, de fruits aux couleurs chatoyantes, il invite ainsi au rêve. Quant à la musique, elle prend une si grande importance qu'on pourrait l'ériger au rang de personnage. Interprétée à l'orgue de barbarie, elle donne une couleur à chaque action et une unité à tous les morceaux de musique choisis. Enfin, elle instaure un jeu avec les comédiens en ralentissant ou accélérant les rythmes jusqu'à faire naître le comique, à exprimer la liesse ou la curiosité. On se souviendra sûrement de la belle valse du Chaperon et du Loup.

Il y a donc de nombreuses trouvailles dans ce joli petit spectacle pour enfants. On n'ira pas chercher de lecture psychanalytique, ni historique. On pourra simplement se laisser aller au plaisir de nos grandes oreilles, de nos grands yeux et croquer l'histoire à pleines dents.

 

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